Le secrétaire d'Etat chargé de l'emploi,
Vu le
code du travail, notamment l'article L. 5313-1 ;
Vu le décret n° 2009-1593 du
18 décembre 2009 fixant les modalités d'attribution de l'aide de l'Etat aux
maisons de l'emploi,
Arrête :
Le cahier des charges des maisons de l'emploi mentionné à
l'article R. 5313-3 du code du travail est annexé au présent arrêté.
Le délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle
est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel
de la République française.
A N N E X E
CAHIER DES CHARGES DES MAISONS DE L'EMPLOI
Le rôle des maisons de l'emploi au sein du service public de
l'emploi, créées par la loi de programmation pour la cohésion sociale du 18
janvier 2005, a été réaffirmé par la loi du 13 février 2008 relative à la
réforme de l'organisation du service public de l'emploi. Parallèlement, les
premières maisons de l'emploi arrivent au terme de leur conventionnement initial
par l'Etat. Dans ce contexte, il est donc nécessaire d'adapter le premier cahier
des charges des maisons de l'emploi du 7 avril 2005.
L'article L. 5313-1 du
code du travail précise les missions des maisons de l'emploi en affirmant le
rôle de fédérateur de l'action des partenaires publics et privés, en particulier
en permettant l'association des collectivités territoriales à la mise en œuvre
des politiques de l'emploi au niveau local. Les maisons de l'emploi s'inscrivent
ainsi pleinement dans la volonté d'ancrer le service public de l'emploi dans les
territoires. Un accent tout particulier est mis sur les problématiques de
diagnostic partagé, d'observation du marché de l'emploi et d'anticipation des
mutations économiques.
La maison de l'emploi est fondée sur l'adhésion de
chacun des acteurs concernés. Elle respecte l'identité de chaque partenaire,
reconnaît leur responsabilité commune et les rassemble dans l'action. A ce
titre, les maisons de l'emploi n'ont pas vocation à devenir des opérateurs de
placement mais à inscrire leurs interventions en complémentarité des actions
menées par les autres acteurs locaux de l'emploi sur le territoire et à
développer une fonction de coordination.
Ce cahier des charges a pour but de
définir les missions, le fonctionnement des maisons de l'emploi ainsi que les
conditions d'évaluation de leur activité. Il permet de déterminer le cadre du
conventionnement des structures et les missions qui feront l'objet d'un
financement par l'Etat.
I. ― La gouvernance des maisons de l'emploi
1.1. Les membres
de la gouvernance
La gouvernance des maisons de l'emploi est structurée autour de
membres constitutifs obligatoires, de membres constitutifs à leur demande et de
partenaires associés :
― les membres constitutifs obligatoires sont au nombre
de trois : les collectivités territoriales ou leur groupement porteurs de
projet, l'Etat et Pôle emploi ;
― le conseil régional, le conseil général,
les intercommunalités et les communes distinctes de la collectivité territoriale
fondatrice, concourant au projet, sont, à leur demande, membres constitutifs
;
― tous les autres acteurs locaux de la politique de l'emploi et de la
formation professionnelle, parmi lesquels les partenaires sociaux, peuvent
devenir des membres associés à la maison de l'emploi dès lors que leur admission
a reçu l'accord préalable des membres constitutifs obligatoires.
1.2. Les modalités de représentation
Les membres constitutifs obligatoires de la maison de l'emploi
doivent disposer de la majorité des voix au sein du conseil d'administration et
du bureau. Cette condition est respectée lorsqu'ils disposent à eux seuls de la
majorité des voix plus une.
1.3. Mise en place de conseils d'orientation
Les maisons de l'emploi disposent d'une réelle connaissance de
l'activité et de l'emploi au niveau local. Il est, dès lors, indispensable
qu'elles associent les acteurs économiques que sont les entreprises et les
partenaires sociaux. Dans ce cadre, elles seront également amenées à développer
des actions dans le champ de la gestion prévisionnelle des emplois et des
compétences territorialisées.
Par conséquent, afin d'associer les entreprises
et les partenaires sociaux (représentants patronaux et salariaux) à la
définition des grandes orientations et au suivi des projets, il est souhaitable,
quoique nullement obligatoire, que les maisons de l'emploi créent un conseil
d'orientation ou toute structure aux missions équivalentes. Ils seront composés
notamment des représentants des partenaires sociaux, des entreprises et de
toutes autres personnalités qualifiées.
II. ― Organisation des relations
entre, d'une part, les maisons de l'emploi et, d'autre part, les comités de
bassin d'emploi, les plans locaux pour l'insertion et l'emploi et les missions
locales
2.1. Les maisons de l'emploi
et les comités de bassin
d'emploi
Dans les cas particuliers où coexistent, sur un même territoire
ou un territoire proche, une maison de l'emploi et un comité de bassin d'emploi,
les deux structures doivent être pleinement intégrées. L'absence d'intégration
entraînera soit une minoration, soit une absence de financement de la part de
l'Etat. Il sera donc nécessaire de produire un calendrier d'intégration des deux
structures dans le cadre du processus de conventionnement.
Ce rapprochement
pourra être accompagné de la mise en place d'un comité d'orientation ou d'une
structure similaire, tels que présentés ci-dessus, afin d'intégrer les
entreprises et les partenaires sociaux au sein de la gouvernance de la maison de
l'emploi.
2.2. Les maisons de l'emploi
et les plans locaux pour
l'insertion et l'emploi
Le rapprochement des maisons de l'emploi et des plans locaux
d'insertion dans l'emploi (PLIE) est fortement encouragé lorsque les périmètres
territoriaux sont identiques ou proches. Dans le cadre du calcul du montant du
financement de l'Etat à la maison de l'emploi, ces rapprochements seront pris en
considération.
Pour autant, ce rapprochement devra respecter un principe
d'individualisation budgétaire et comptable, grâce au développement d'une
comptabilité analytique afin d'assurer la traçabilité notamment des crédits du
FSE.
2.3. Les maisons de l'emploi et les missions locales
Les coopérations opérationnelles entre les maisons de l'emploi
et les missions locales pourront s'organiser en fonction des réalités locales
et, le cas échéant, donner lieu à des rapprochements. Tout rapprochement décidé
localement devra respecter les règles d'individualisation budgétaire et
comptable, grâce au développement d'une comptabilité analytique afin d'assurer
la traçabilité des financements correspondant aux missions confiées par les
financeurs, Etat et collectivités territoriales.
III. ― Les axes
d'intervention des maisons de l'emploi s'inscrivent dans la volonté de favoriser
la coordination et la complémentarité des acteurs locaux en matière de politique
de l'emploi
L'intervention des maisons de l'emploi est structurée autour de
quatre axes obligatoires, pour lesquels les maisons de l'emploi devront conduire
au moins une action par axe. Le calcul du montant de la participation de l'Etat
s'appuiera sur le projet de la structure ainsi déterminé en collaboration avec
le représentant de l'Etat en région.
Ces axes d'intervention des maisons de
l'emploi visent à privilégier la coordination et la complémentarité des acteurs
locaux en matière de politique de l'emploi. Cela implique donc que les maisons
n'ont pas vocation à développer une offre de service déjà existante.
Se pose
par ailleurs la question des actions d'accueil, d'information et
d'accompagnement des personnes à la recherche d'un emploi.
3.1. Les axes d'intervention obligatoire des maisons de
l'emploi
Les maisons de l'emploi devront s'engager dans quatre axes
obligatoires. Le premier axe, impliquant notamment la mise en œuvre d'un
diagnostic partagé, constitue un préalable à la détermination d'un plan
d'actions qui s'appuiera notamment sur les actions rattachées aux trois autres
axes.
3.1.1. Axe 1 : développer une stratégie territoriale partagée
:
du diagnostic au plan d'actions
Dans le cadre de ce premier axe, les maisons de l'emploi devront
élaborer un diagnostic territorial sur la base d'une analyse du marché du
travail et les potentialités du territoire en matière d'offres et de demandes
d'emploi. Pour cela, les maisons de l'emploi s'appuieront sur les outils et
travaux déjà existants aux niveaux local et régional, en particulier sur ceux de
Pôle emploi, de la DARES, de l'INSEE et des services d'études régionaux du
réseau territorial de l'Etat en matière d'emploi (actuels SEPES, services
d'études, de prospective, d'évaluation et de statistiques).
Ce diagnostic,
qui pourra être largement diffusé aux acteurs locaux dans un souci
d'appropriation des réalités locales, constituera la base nécessaire à la
détermination d'une stratégie partagée en matière d'emploi et, in fine, d'un
plan d'actions que les différents partenaires mettent en œuvre.
Ce premier
axe est structurant, puisque les actions rattachées aux trois autres axes à
caractère obligatoire devront s'inscrire dans ce pland'actions de la maison de
l'emploi.
3.1.2. Axe 2 : participer à l'anticipation
des mutations
économiques
Sur la base du diagnostic précité, les maisons de l'emploi
mènent des actions de coordination et d'informations spécialisées à destination
des acteurs locaux, institutionnels et économiques, afin de leur permettre de
mieux anticiper les mutations économiques sur le territoire concerné.
En
particulier, les maisons de l'emploi participent à l'animation et à la
coordination des actions en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des
compétences territoriales. Elles favorisent également, avec les autres acteurs
du service public de l'emploi, le travail en commun avec les branches
professionnelles sur leur ressort territorial.
Enfin, pour les bassins
d'emploi non outillés, les maisons de l'emploi peuvent contribuer, dans une
logique de facilitation des parcours de mobilité professionnelle et de
reconversion des territoires, à la coordination des parcours individuels ou
développer le rôle de pivot d'une plate-forme de reconversion.
3.1.3. Axe 3 : contribuer au développement de l'emploi local
Sur la base du diagnostic initial, et dans le cadre de la
stratégie locale, les maisons de l'emploi ont vocation à contribuer au
développement local. Elles doivent de ce fait coordonner, animer et produire une
information spécifique déjà existante au niveau local, mais éclatée entre les
différents acteurs territoriaux intervenant dans le champ de la politique de
l'emploi. L'objectif est de fluidifier la transmission d'informations et les
relations entre les acteurs sur le territoire, et non de créer une nouvelle
offre de services propre. En effet, il a été souvent constaté que les acteurs
économiques (entreprises, salariés, demandeurs d'emploi...) ne disposent pas
d'une information suffisamment exhaustive sur les différentes problématiques
relatives au développement local qui peuvent être traitées par plusieurs
acteurs, sans nécessaire coordination.
Ainsi, une telle action d'information,
d'animation et de coordination, dans le respect des compétences de chacun des
acteurs, peut-elle intervenir dans des champs extrêmement divers en matière de
développement local : aide à la création d'entreprise, développement des
services à la personne, responsabilité sociale des entreprises et intermédiation
entre Pôle emploi et les très petites entreprises pour encourager ces dernières
à déposer leurs offres d'emploi auprès de l'opérateur national.
3.1.4. Axe 4 : réduire les obstacles culturels
ou sociaux à
l'accès à l'emploi
Le développement local n'est possible qu'avec une réduction des
freins culturels ou sociaux à l'accès à l'emploi. C'est pourquoi, parallèlement
aux axes précédemment présentés, les maisons de l'emploi doivent participer à la
coordination et à l'animation des acteurs agissant dans le champ de la mobilité
sociale et professionnelle, notamment en développant les informations
spécialisées et en diffusant les bonnes pratiques.
Dans ce cadre, il s'agit
notamment d'intervenir dans le champ de la lutte contre les discriminations à
l'embauche, de la lutte contre l'illettrisme, de la mobilité géographique...
3.2. Les actions en matière d'accueil, d'orientation
ou
d'accompagnement des personnes à la recherche d'un emploi
Pôle emploi a la responsabilité générale de l'accueil, de
l'orientation et de l'accompagnement des personnes à la recherche d'un emploi.
Dans ce cadre, le positionnement des maisons de l'emploi doit s'inscrire en
cohérence avec l'offre de service et l'organisation territoriale de Pôle
emploi.
En conséquence, les maisons de l'emploi peuvent développer des
actions d'accueil et d'information pour répondre à des besoins locaux, tout
particulièrement lorsqu'elles accueillent des sites mixtes ou des permanences
assurées par Pôle emploi.
Dans l'hypothèse où une maison de l'emploi, compte
tenu des spécificités territoriales, souhaiterait développer sur la base d'une
initiative locale des actions d'accompagnement sans le financement de l'Etat
prévu par le décret n° 2009-1593 du 18 décembre 2009, elle devra respecter les
conditions cumulatives suivantes :
― respect du schéma territorial de Pôle
emploi tel que validé en CRE, dans le sens où l'intervention d'une maison de
l'emploi en matière d'accueil, d'orientation et d'accompagnement de personnes à
la recherche d'emploi doit répondre à un souci de présence des services publics
en milieu rural, et en aucun cas doublonner la présence de Pôle emploi au niveau
local ;
― validation du projet, formalisé dans le cadre d'une convention
spécifique conclue entre la maison de l'emploi, Pôle emploi et l'Etat, par le
conseil régional de l'emploi.
Si ces conditions sont respectées, le préfet de
région pourra statuer sur l'aide financière accordée au titre des actions des
axes obligatoires.
IV. ― Les moyens
Il appartient à l'Etat et aux collectivités locales et leurs
groupements, membres obligatoires, d'apporter les moyens appropriés en matière
de ressources humaines et de fonctionnement à l'accomplissement des missions
confiées à la maison de l'emploi. Les autres partenaires, membres de la
gouvernance de la structure, peuvent participer au financement du budget de
fonctionnement de la maison de l'emploi.
Concernant le financement de l'Etat,
celui-ci ne peut excéder 70 % du budget de fonctionnement de la maison de
l'emploi, dans les limites des crédits ouverts en loi de finances initiale. En
conséquence, contrairement au schéma financier retenu dans le cadre de la
première génération de conventions, la valorisation globale de l'offre de
services des partenaires n'entre plus dans le calcul de la participation
financière de l'Etat. Pour autant, cette information devra continuer d'être
fournie, à titre d'indicateur permettant d'approcher l'importance de l'effet
levier de l'aide de l'Etat et des collectivités territoriales et leurs
groupements. La contribution financière de l'Etat en fonctionnement sera
précisée par le ministre chargé de l'emploi, par voie de circulaire.
La
contribution financière des collectivités territoriales et de leurs groupements
est ainsi portée, au minimum, à hauteur de 30 % du budget propre de la maison de
l'emploi.
Le financement de l'Etat est composé d'un socle de financement
garanti fonction de la population couverte, permettant d'assurer aux maisons de
l'emploi un financement minimum des dépenses de fonctionnement de la structure
et d'une part variable qui sera fonction de la nature des projets et des
résultats atteints. La totalité du financement de l'Etat ne peut être supérieure
à 1 million d'euros. Ces modalités de financement peuvent faire l'objet de deux
aménagements :
― dans le cas où le budget de la maison de l'emploi implique
un financement inférieur au socle garanti, la part de l'aide de l'Etat restera
de 70 % du budget total ;
― le plafond du financement de l'Etat à hauteur de
1 million d'euros pourra être réexaminé dans les situations où des maisons de
l'emploi viendraient à se regrouper.
Enfin, conformément aux circulaires du
Premier ministre du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs
relations avec l'administration et du 16 janvier 2007 relative aux subventions
de l'Etat aux associations, la maison de l'emploi devra produire les documents
suivants :
― un budget annuel prévisionnel ;
― un compte rendu financier
annuel assorti d'un bilan d'activité qui sera remis au préfet de région, dans
les six mois suivant la fin de l'exercice concerné, afin que la maison de
l'emploi puisse justifier annuellement auprès de l'ensemble des contributeurs de
la conformité à leur objet des dépenses effectuées.
V. ― Le périmètre territorial
Le périmètre territorial principal des maisons de l'emploi doit
s'adapter aux territoires dans lesquels s'inscrivent les partenariats les plus
pertinents, tout en intégrant les conséquences du schéma territorial de Pôle
emploi.
Dans l'hypothèse où un territoire économiquement cohérent comprend
plusieurs maisons de l'emploi, les mutualisations entre structures sont
largement préconisées.
Quelle que soit l'organisation territoriale retenue,
celle-ci devra être analysée par le conseil régional de l'emploi.
VI. ― Le statut juridique
Deux statuts juridiques distincts peuvent être choisis par les
maisons de l'emploi :
― soit celui des associations relevant de la loi du 1er
juillet 1901 relative au contrat d'association ou du droit local alsacien et
mosellan ;
― soit celui du groupement d'intérêt public (GIP).
VII. ― Les modalités de reconventionnement
des maisons de
l'emploi
Il appartient au préfet de région de porter à la connaissance
des présidents de maison de l'emploi le nouveau cahier des charges.
L'organe
délibérant transmet son projet au préfet de région. Ce dossier comporte le
descriptif du projet, le projet de convention, le budget initial, le plan
d'actions envisagé et les statuts. Les engagements des partenaires doivent
impérativement y figurer.
Après information du conseil régional de l'emploi,
le préfet de région prend la décision d'attribuer une aide financière à la
maison de l'emploi en fonction de la pertinence de chacune des actions arrêtées
dans le cadre de la convention.
VIII. ― Evaluation
Les maisons de l'emploi font l'objet d'une double évaluation
chaque année :
― au niveau national, une évaluation globale du dispositif est
effectuée par le ministre en charge de l'emploi et sera présentée et débattue au
sein du Conseil national de l'emploi. Son objectif est d'analyser la performance
des maisons de l'emploi, leur complémentarité avec les autres acteurs du SPE et
de favoriser la diffusion au niveau national des bonnes pratiques ;
― au
niveau régional, le préfet de région procède à l'évaluation des actions prévues
par les conventions Etat/maisons de l'emploi. La détermination du niveau futur
de financement dépendra des résultats constatés selon des modalités qui seront
précisées dans la circulaire relative aux modalités de financement des maisons
de l'emploi. Les résultats de cette évaluation sont portés à la connaissance du
conseil régional de l'emploi.
IX. ― Auto-évaluation
Pour apprécier la valeur ajoutée de son action et améliorer le
management de projet, la maison de l'emploi peut procéder à une démarche
permanente d'auto-évaluation. Cette démarche, qui permet par une analyse
partagée de mieux fédérer et valoriser les complémentarités entre les
partenaires, constitue une aide pertinente aux décideurs afin d'améliorer
l'efficacité des actions menées. A ce titre, elle est encouragée.
Fait à Paris, le 21 décembre 2009.
Laurent Wauquiez